Devenir membreFormation continueCertification PCMFBlogueContact

Fiabilité

Réduisez votre consommation énergétique grâce à la maintenance prédictive

Réduisez votre consommation énergétique grâce à la maintenance prédictive

Un moteur qui force ne fait pas toujours de bruit. Le roulement commence à s’user, la courroie glisse un peu, la roue de la pompe s’encrasse. La machine tourne, la production ne voit rien, et aucune alarme ne sonne. Pendant ce temps, le moteur appelle un peu plus de puissance, ou tourne un peu plus longtemps, pour livrer le même travail.

La maintenance prédictive sert d’abord à éviter les pannes. Elle peut aussi réduire la facture d’énergie, à condition de regarder ses mesures avec une deuxième question en tête : ce défaut, qui ne menace pas encore la machine, coûte-t-il déjà de l’énergie ? Cet article s’intéresse aux systèmes entraînés par des moteurs électriques (pompes, ventilateurs, compresseurs, convoyeurs) : quels défauts gaspillent, comment les voir, quand intervenir et comment prouver le gain.

Pourquoi les systèmes motorisés d’abord

Dans la plupart des usines, les moteurs électriques tournent partout et longtemps : ventilation, pompage, air comprimé, manutention. Un petit écart de consommation, multiplié par des milliers d’heures de marche, finit par compter.

Ils ont aussi une particularité qui cache le gaspillage : le système compense. Un ventilateur commandé par un variateur de vitesse accélère pour maintenir son débit quand le filtre s’encrasse. Une pompe dont la roue s’use tourne plus longtemps pour remplir le même réservoir. Le procédé reste à sa consigne, l’opérateur ne voit rien d’anormal, et c’est la consommation qui absorbe la dégradation.

C’est précisément ce que la maintenance prédictive peut révéler, parce qu’elle mesure l’état de la machine plutôt que le résultat du procédé. Pour choisir les indicateurs énergétiques à suivre à l’échelle de l’usine, voyez notre article sur la fiabilité axée sur la gestion énergétique. Ici, on descend au niveau de la machine.

Les défauts qui gaspillent avant de casser

La plupart des défauts mécaniques et électriques passent par une phase où la machine fonctionne encore, mais moins bien. Pendant cette phase, l’énergie qui ne sert pas au travail utile se transforme en chaleur, en vibration ou en glissement.

Tableau de huit défauts naissants des systèmes motorisés (roulement usé, désalignement, balourd, pied boiteux, courroie qui glisse, défauts électriques, encrassement, cavitation ou vanne étranglée), où part l’énergie et la technique qui les révèle

Trois familles méritent un commentaire.

  • Les défauts mécaniques (roulements, désalignement, balourd, pied boiteux) coûtent chacun modestement en énergie, mais ils sont fréquents et ils finissent souvent en panne. Les corriger sert deux fois. Attention au graissage : un excès de graisse fait aussi chauffer le roulement, comme un manque de graisse.
  • Les défauts électriques (tension déséquilibrée entre les phases, connexion desserrée, barres du rotor fissurées) augmentent les pertes dans le moteur et ses connexions. Ils font chauffer les enroulements, ce qui use aussi l’isolation.
  • Les défauts côté procédé (encrassement, roue usée, cavitation, pompe qui travaille contre une vanne à moitié fermée) sont souvent les plus coûteux en énergie. Ils ne se voient pas toujours en vibration : il faut comparer la puissance au travail fourni.

Une pompe étranglée par une vanne n’est pas en panne : elle fonctionne loin du point pour lequel elle a été choisie. Ce n’est pas toujours un problème de maintenance, mais la maintenance est souvent la première à le constater, par la vibration et l’usure prématurée que ce fonctionnement entraîne. Signalez-le à l’ingénierie.

Ce que chaque technique révèle

Les techniques sont celles de la maintenance conditionnelle classique ; notre article sur la maintenance 4.0 les associe aux modes de défaillance. Ce qui change, c’est la façon de lire les résultats.

L’analyse vibratoire

Elle repère le balourd, le désalignement, le desserrage, le pied boiteux et l’usure des roulements, souvent tôt. Elle dit où est le défaut, pas combien il coûte. Utilisez-la pour savoir quoi corriger, et la mesure électrique pour estimer ce que la correction rapportera.

Le courant et la puissance

C’est la mesure qui parle directement d’énergie. Quelques nuances comptent :

  • Préférez la puissance active (kW) aux ampères. À charge partielle, une bonne partie du courant d’un moteur sert à le magnétiser : le courant varie peu alors que la puissance change.
  • Comparez les trois phases. Un écart entre elles signale un déséquilibre de tension ou une connexion fautive.
  • Analysez la signature du courant pour repérer certains défauts du rotor et de la charge entraînée, sans toucher à la machine.
  • Exploitez ce que vous avez déjà : bien des variateurs de vitesse affichent la puissance et la vitesse. Ces données dorment souvent dans l’automate.

La température

La thermographie montre les connexions qui chauffent, les paliers trop chauds, les accouplements désalignés et les rouleaux grippés d’un convoyeur. Une inspection de panneaux électriques sous tension expose à des risques d’arc électrique : respectez les règles de sécurité électrique de votre usine (la norme CSA Z462 encadre ces travaux au Canada).

Les ultrasons

Ils entendent le frottement d’un roulement mal lubrifié, la cavitation dans une pompe et le glissement d’une courroie. Ils servent aussi à graisser juste assez : on ajoute la graisse jusqu’à ce que le bruit baisse, puis on arrête.

Mettre l’énergie dans la décision d’intervenir

La maintenance conditionnelle décide habituellement selon un seul critère : le risque de panne. Un défaut léger, qui évolue lentement, est noté et surveillé. C’est raisonnable pour la fiabilité. Mais un défaut sans danger immédiat peut coûter de l’énergie à chaque heure, pendant des mois.

Matrice de décision croisant la menace pour la machine et le coût énergétique du défaut : planifier selon la fiabilité, intervenir en priorité, surveiller, ou corriger au prochain arrêt le défaut sans danger qui coûte de l’énergie

Pour placer un défaut dans la bonne case, il faut un ordre de grandeur de ce qu’il coûte :

  1. Estimez la puissance en trop : l’écart entre la puissance mesurée et celle de la référence de la machine, à charge comparable.
  2. Multipliez par les heures de marche de l’équipement, pas les heures de production de la ligne.
  3. Appliquez votre tarif réel, à demander au service des finances.
  4. Inscrivez le résultat sur le bon de travail, à côté du risque de panne. Le planificateur dispose alors des deux raisons d’agir.

Cette estimation reste approximative, et c’est suffisant : elle sert à classer, pas à facturer. Pour intégrer ce critère à votre façon de fixer les priorités, voyez notre article sur les priorités des travaux de maintenance.

Par quelles machines commencer

Inutile de surveiller tous les moteurs. Un défaut coûte de l’énergie en proportion de la puissance de la machine et de son temps de marche. Commencez donc là où les deux sont élevés.

Exemple hypothétique (chiffres fictifs). Un moteur qui appelle en moyenne 50 kW et tourne 6 000 heures par année consomme 300 000 kWh. Si un défaut ajoutait 2 % à cet appel, il coûterait 6 000 kWh par année. Le même défaut sur un moteur de 5 kW qui tourne 1 000 heures représenterait 100 kWh par année. Refaites le calcul avec vos propres machines : c’est la puissance et le temps de marche qui disent où chercher en premier.

Pour bâtir votre première liste :

  • Classez les moteurs par puissance × heures de marche. Les compresseurs d’air, les grosses pompes de procédé, les ventilateurs d’extraction et de séchage et les convoyeurs principaux arrivent souvent en tête.
  • Croisez avec la criticité : une machine critique et énergivore justifie une surveillance plus serrée.
  • Privilégiez les machines à charge stable pour débuter : la comparaison avant / après y est plus simple.
  • Établissez une référence pour chacune : vibration, puissance et travail fourni, mesurés en bon état ou juste après une remise à neuf.
  • Ajoutez l’énergie aux tournées existantes plutôt que de créer un programme à part : une mesure de puissance prend quelques minutes de plus.

Avant d’aligner un accouplement, de retendre une courroie ou de serrer une connexion, la machine doit être cadenassée. Le RSST encadre le cadenassage au Québec ; nos cinq étapes pour implanter le cadenassage rappellent les bases.

Vérifier le gain honnêtement

Un gain d’énergie mal mesuré fait plus de tort qu’un gain non mesuré : à la première vérification sérieuse, il discrédite toute la démarche. La règle est simple, son application demande de la rigueur.

Quatre étapes pour vérifier un gain d’énergie : mesurer avant, intervenir et noter, mesurer après dans les mêmes conditions, comparer l’énergie par unité de travail, avec les facteurs qui faussent la comparaison

  • Comparez l’énergie par unité de travail, pas la consommation brute. Une baisse de kWh peut simplement venir d’une baisse de production.
  • Mesurez sur une durée qui couvre le cycle normal de la machine, pas une seule lecture.
  • Corrigez une chose à la fois quand c’est possible. Si l’alignement, le graissage et la courroie changent le même jour, vous ne saurez pas ce qui a joué.
  • Présentez une fourchette plutôt qu’un chiffre précis, et dites comment il a été obtenu.
  • N’extrapolez pas à l’année sans prudence : une machine qui tourne moins l’hiver ne gagnera pas la même chose chaque mois.

Consignez le résultat dans la GMAO, avec le bon de travail. Additionnés sur une année, ces gains vérifiés forment un argument solide ; notre article Quand la maintenance parle aux finances vous aide à le présenter.

Erreurs fréquentes

  • Juger l’énergie aux ampères seulement. Le courant renseigne mal à charge partielle ; mesurez la puissance.
  • Oublier que la commande compense. Un procédé stable à sa consigne ne prouve pas que la machine va bien.
  • Remplacer un moteur par un plus gros « pour être tranquille ». Il travaillera loin de sa zone de bon rendement, souvent sans régler le défaut d’origine.
  • Surveiller sans agir. Un défaut énergivore noté et jamais corrigé ne fait rien économiser.
  • Attendre une certitude. La surveillance donne des estimations, pas des prédictions exactes ; notre article sur les limites de la maintenance conditionnelle explique pourquoi.

La maintenance prédictive ne réduit pas la consommation par elle-même : ce sont les corrections qu’elle déclenche qui le font. Commencez par quelques gros moteurs qui tournent longtemps, ajoutez la puissance à vos mesures, inscrivez le coût énergétique sur les bons de travail et vérifiez chaque gain à charge comparable. Les économies que vous présenterez seront vérifiées, et vos machines seront en meilleur état.

Ne manquez pas le prochain article

Nos nouveaux articles, les programmes dès leur sortie et les dates des prochains événements, par courriel.

Ce qui vous intéresse