Quatre mensonges qu'on se raconte en maintenance industrielle au Québec
On parle beaucoup de pénurie de main-d'œuvre, de virage 4.0, de fiabilité. On parle moins des conversations qu'on évite. Voici quatre phrases qu'on entend dans presque toutes les usines québécoises, et pourquoi elles nous coûtent cher.
Mensonge 1. « Notre problème, c'est qu'on manque de techniciens. »
La pénurie est réelle. Personne ne le conteste. Mais elle sert aussi de paravent commode.
Voici un calcul qui dérange. Une équipe typique de 20 techniciens fonctionne à environ 30 pour cent de temps productif réel, ce qu'on appelle le wrench time. Le reste se perd à attendre des pièces, à chercher des outils, à clarifier des bons de travail mal préparés. Si vous prenez deux de ces techniciens et que vous les transformez en planificateur et ordonnanceur dédiés, les 18 qui restent montent à 45 pour cent de wrench time. Le gain net équivaut à embaucher 7 techniciens supplémentaires. Sans afficher un seul poste.
La pénurie de main-d'œuvre est souvent un problème de planification déguisé en problème d'embauche.
Mensonge 2. « On fait déjà du préventif. »
On en fait, oui. Beaucoup, même. Le calendrier est plein. Les bons de travail récurrents sortent chaque semaine. Le tableau de bord montre un taux de complétion respectable.
Le problème, c'est que 5 à 20 pour cent des tâches de PM actuellement exécutées dans l'industrie pourraient être éliminées demain matin sans le moindre impact sur les opérations. Elles ne ciblent aucun mode de défaillance réel. Pire, 70 à 90 pour cent des modes de défaillance sont aléatoires, ce qui rend les révisions calendaires largement inefficaces. On démonte une pompe en parfait état, on la remonte avec une erreur d'assemblage, et on vient d'introduire une défaillance qui n'existait pas avant.
Le volume de PM ne mesure rien. Ce qui compte, c'est si chaque tâche cible un mode de défaillance précis et si elle est efficace par rapport à son coût.
Mensonge 3. « Notre GMAO ne fonctionne pas. »
C'est rarement la GMAO. Le logiciel, c'est la pointe de l'iceberg. Les six septièmes du travail sont sous la surface, et c'est là que se gagne ou se perd l'implantation.
La hiérarchie d'actifs n'a jamais été nettoyée. Les codes de défaillance ne sont pas standardisés, alors les techniciens écrivent « trouvé brisé, réparé » dans le champ commentaires. Quand un technicien d'expérience prend sa retraite, la mémoire de l'usine part avec lui parce que rien n'a été codé proprement. Aucun logiciel ne corrige ça.
Une GMAO réussie commence par un travail de fond sur les processus et les données. Sans ça, on remplace une mauvaise GMAO par une nouvelle mauvaise GMAO et on recommence le cycle dans trois ans.
Mensonge 4. « On n'a pas le temps de faire de la fiabilité, on est trop occupés à éteindre des feux. »
Celui-là est le plus coûteux. On est trop occupés à éteindre des feux précisément parce qu'on ne se donne pas le temps de comprendre pourquoi l'équipement a brisé. On restaure, on repart, on attend la prochaine défaillance. Tant qu'on ne sort pas du mode réactif, on reste dans le mode réactif.
Sortir du cycle ne demande pas un projet de transformation de deux ans. Il existe une approche connue sous le nom de règle du 1 pour cent. Sur 100 bons de travail, vous en transformez un seul en projet d'élimination de défaut. Un projet court, moins de trois mois, mené par les équipes terrain. Faites-le systématiquement et le volume total de bons de travail baisse de 37,5 pour cent en trois ans. De 70 pour cent en huit ans.
Il y a une condition. La direction doit cesser de récompenser les héros qui éteignent les feux spectaculaires et commencer à reconnaître ceux qui les empêchent. Sans ce changement culturel, la règle du 1 pour cent reste sur papier.
Pourquoi on en parle
Ce sont exactement les conversations qu'on aura au Colloque printanier de Maintenance Québec, du 13 au 15 mai à Brossard. Pas des présentations théoriques. Des praticiens qui ont fait le travail, qui partagent ce qui a fonctionné et ce qui a échoué, dans des usines québécoises comme la vôtre.
Le panel sur la main-d'œuvre du 13 mai abordera directement le mensonge numéro 1. Les ateliers sur la planification, le préventif et la fiabilité couvrent les trois autres.
Vous pouvez encore vous inscrire
Même si la date limite des tarifs préférentiels est passée, l'inscription reste ouverte jusqu'au matin même de l'événement. Vous pouvez aussi vous présenter directement à l'accueil le 13 mai et vous inscrire sur place.
Au plaisir de vous y voir.